Rendez à Dieu
ce qui est à Dieu


 

29e dimanche du Temps ordinaire
Année A
– 19 octobre 2008


Lectures bibliques
Is 45, 1.4-6; Ps 95, 1.3-5.7-10;
1 Th 1, 1-5b; Mt 22, 15-21

Interpréter

Évangile

L’opposition se poursuit entre Jésus et les représentants d’une religiosité réduite à des formalités et instrument de pouvoir. Ses interlocuteurs ne sont vraiment pas intéressés à connaître la vérité; ils veulent sauvegarder leur pouvoir, leurs traditions, leurs privilèges. Ils cherchent donc à engager Jésus dans une discussion qui, en chaque cas, le mettrait en mauvaise lumière, auprès de l’autorité romaine comme auprès du peuple.

Jésus ne tombe dans le piège et une fois de plus il renverse la situation en posant la question lui-même. C’est à partir de l’effigie gravée sur la monnaie que Jésus lance son message en dépassant le milieu du simple pouvoir mondain. La monnaie qui lui est présentée est celle avec laquelle chaque personne de 12 à 65 ans, soumise au pouvoir romain, devait payer pour les œuvres publiques de l’empire, le soi-disant tributum capitis. Une monnaie « impure » que, par cohérence, les Juifs observants n’auraient pas dû garder habituellement sur eux.

À partir de cette effigie, Jésus relativise le pouvoir de César. Un pouvoir qui arrive seulement jusqu’où arrive la monnaie. L’effigie de Dieu est au contraire présente en tout être humain. Que signifie « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu ». Jésus laisse à ses interlocuteurs de tirer les conclusions.

Première lecture et psaume

La référence à Cyrus, roi de Perse (558-528 av. C), qui en 539 occupe Babylone et délivre les Hébreux, n’est pas un simple fait de chroniques. C’est un signe prophétique : Dieu est le Seigneur de l’histoire. Il accomplit son projet à travers les causes humaines, en se servant aussi de ceux qui ne le connaissent pas.

Le païen Cyrus est donc présenté comme un instrument choisi par le Seigneur pour délivrer le peuple d’Israël. Cependant, le récit prophétique précise en même temps : « Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre ». Référence claire au récit évangélique où l’autorité de César est liée à une simple monnaie dévalorisée alors que la seigneurie de Dieu est sur toute la terre, sur chaque être humain. C’est pourquoi le psaume 95 chante : « Il est grand le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux : lui, le Seigneur, a fait les cieux ». L’assemblée répond en chantant : « Le Seigneur est grand et digne de toute louange ».

Deuxième lecture

Ce récit est le début de la première lettre aux Thessaloniciens, écrite par saint Paul vers 50/51 alors qu’il était à Corinthe. C’est le plus ancien document des textes néotestamentaires.

Sylvain (ou Silas) est un judéo-chrétien de Jérusalem, compagnon de Paul dans son deuxième voyage missionnaire (cf. Ac 15, 40). Converti par Paul à Iconium, Timothée devint son plus proche collaborateur.La tradition veut qu’il soit le premier évêque d’Éphèse; c’est à lui que sont adressées deux lettres de Paul.
Tous les trois s’adressent à l’Église de Thessalonique qu’ils ont fondée avec de nombreuses difficultés causées par la communauté juive du lieu. C’est pour cela qu’au cœur de la salutation initiale, il y a l’action de grâces pour les fruits que l’Esprit Saint a produit malgré les oppositions rencontrées, et dépassées grâce aussi à la fidélité courageuse des Thessaloniciens.

Annoncer

À travers un roi païen, Dieu réalise la libération de son peuple, le reste d’Israël, comme un deuxième grand exode semblable à celui de l’Égypte.
L’histoire de ce monde est le lieu où Dieu rencontre l’homme et agit à travers les causes humaines. Le miraculisme ne fait pas partie du projet de Dieu. Si nécessaire, le miracle est une exception. C’est justement pour cela qu’il est un miracle.

L’histoire du salut procède habituellement avec et à travers l’histoire des humains. Le christianisme n’est pas une évasion dans une religiosité aliénante mais un engagement de collaboration avec Dieu dans l’histoire afin que son règne arrive.

Enseigner

Dieu est le Seigneur de l’histoire. Il est tout-puissant. Cependant, il est le premier à respecter sa création.
Les réalités humaines gardent leur autonomie. C’est pourquoi, pour être chrétien, il faut d’abord être profondément humain et droit. Le professionnel, l’ouvrier, le chirurgien, l’enseignant, le parent, le politicien… est un chrétien authentique pas simplement s’il fréquente l’église et communie mais à condition de bien accomplir son devoir dans le respect de la vérité, de la justice, de la solidarité.

Exhorter

Le respect envers une personne se manifeste également en respectant ses biens. Par conséquent, nous rendons un culte à Dieu d’abord en respectant, en aimant ce qu’il a créé et particulièrement en aimant l’être humain en qui il a imprimé son image.
Introduire au mystère

Pour être « incarnée » dans l’histoire, la célébration liturgique n’a pas besoin de se transformer en lieu de propagande, même si elle est bonne et au service de l’Église. C’est pourquoi les soi-disant « journées » nationales ou diocésaines ne doivent pas altérer la liturgie dominicale et festive prévue par les livres liturgiques.
« Aux jours annoncés pour un dimanche déterminé, qu’on célèbre, comme il se doit, la Messe propre du jour du Seigneur avec ses lectures et avec l’homélie inhérente aux lectures mêmes » (Missel romain).

S. Sirboni